Lettre du Dr Mansogo

21 juillet 2012

Après le procès, mon avocat Ponciano Mbomio a été suspendu par le pouvoir ; on lui reproche de m’avoir défendu avec une extrême virulence et on l’accuse d’avoir insulté le président de la République lors de l’audience publique, ce qui est totalement faux.
La clinique est ouverte et je viens de me remettre au travail en attendant un possible voyage en Europe pour bilan de santé.

  • Espoir sans Frontières poursuit, comme par le passé, son soutien au fonctionnement général de la clinique. Ce partenariat inclut un rôle de veille et d’alerte internationale en cas de violation des droits humains fondamentaux de l’ensemble du personnel et des patients.
  • Une nouvelle pétition est en ligne sur le site de l'assocation Espoir sans Frontières :
      Signer la pétition  

De Bata, Dr. Wenceslao Mansogo Alo


 

NOTE DE REMERCIEMENTS
Du Docteur Wenceslao Mansogo Alo

Le 25 juin 2012

Je remercie de tout cœur cette formidable mobilisation nationale et internationale qui s’est organisée autour de mon arrestation et de mon emprisonnement. Dans cette épreuve, j'ai apprécié plus que jamais l'amitié, les signes de solidarité, le soutien à l’ami, au compagnon, au membre de la famille, ainsi que l'action internationale. J'ai aussi pu mieux apprécier combien les apparences peuvent être trompeuses en Guinée Équatoriale: beaucoup de gens qui semblaient indifférents ou éloignés de mon activité m'ont donné quelques indéniables marques de soutien et de solidarité ou m’ont apporté une aide financière substantielle. J'ai été très impressionné par la quantité et la variété de soutiens que j'ai reçus.

Tout d'abord, chapeau! pour le zèle et la pugnacité de mes avocats, le jeune Elias Nzo et l’expérimenté Ponciano Mbomio. Malgré les menaces et les intimidations dont vous avez été victimes, vous m’avez défendu avec un professionnalisme exemplaire. Dans un pays comme la Guinée Équatoriale où les bons professionnels insoumis sont persécutés, il n’est pas étonnant que vous continuiez à être l'objet de menaces et de toutes sortes de harcèlements et de persécutions. Merci mes amis.

Je tiens à remercier ici, d’une manière générale, tous ceux qui ont signé la pétition pour ma libération, et en particulier, le gens du district de Kogo qui, incompréhensiblement, ont subi d’importantes vexations comme conséquence de cette action.

L'intérêt manifesté par les grandes démocraties du monde et les grandes institutions du monde démocratique est une véritable stimulation et nous donne de l’espoir non seulement à moi et à tous les défenseurs des droits de l'homme en Guinée Équatoriale, mais à l’ensemble de l'Afrique en particulier et au monde entier en général.

Mais sans la surveillance attentive et permanente des organisations de la société civile internationale, défenderesses des droits de l’homme, on aurait difficilement pu maintenir cette énorme et constante pression internationale sur mes oppresseurs. Que toutes celles-ci reçoivent ici l’expression de ma profonde gratitude.

Et comment oublier le réconfortant soutien moral et la solidarité de tous les amis de la diaspora, vous tous qui aimeriez retourner dans notre pays bien-aimé, mais qui ne pouvez le faire par peur de vivre ce que je vis. À chacun d'entre vous qui avez envoyé des lettres personnelles d'encouragement, je les ai toutes lues; à tous ceux qui se sont exprimés au sujet de mon arrestation, j’ai vu vos notes depuis la prison. Je vous dis à tous merci. Je crois que nous devrions tous faire des efforts pour maintenir et renforcer cette unité de vision et d’action que vous avez esquissée pour cette occasion.

Je veux adresser une mention spéciale à ce cher Nsé Ramón, dont certaines de ses caricatures m'ont fait rire en prison, moi et beaucoup d'autres prisonniers. Merci mon ami et bon courage pour ta forme d'expression géniale, acérée et efficace.

À tous les gestionnaires de sites Web axés sur la Guinée Équatoriale, qui ont diffusé et fait un suivi quotidien de ma situation, et à la grande chaîne qui s’est organisée sur Facebook et d’autres médias sociaux de communication, vous avez ma gratitude. C’est sans doute grâce à vous qu’il ne m’est rien arrivé de pire.

À mes nombreux amis non équato-guinéens, je tiens à vous dire combien m'ont encouragées vos notes, vos actions, vos initiatives. À mon fils Mikaël, à Many, à Alfons, à Annie, à Nadège, à James, à Rokia, ... merci.

À tous mes amis, ma famille et mes patients qui, en défiant dangereusement le contrôle rigoureux extrajudiciaire que le régime a exercé sur moi à l'intérieur de la prison, m'on rendu visite ou m’ont apporté de l'eau, de la nourriture, de l'argent, des accessoires de toilette, etc., je ne vous oublierai pas. Vous savoir près de moi galvanise mes convictions.

Mais dans tout cela, j'ai eu une présence quotidienne infaillible, la personne qui m'a encouragé deux fois par jour et chaque jour, celle qui arrivait toujours avec un sourire, celle pour laquelle je restais pendu à la montre, pour parler, pour savoir ce qui se passait ou se disait dehors, la situation de mes enfants ... je parle de mon épouse Marisol. Quelle grande personne!! Je me suis senti, et maintenant plus que jamais, très fier d'elle.

La prison a été pour moi une expérience pathétiquement intéressante, dure, riche d'enseignements sur la mauvaise situation de nos jeunes, notre société et notre pays, une expérience politiquement enrichissante. C'est un endroit où disparaît complètement la classique stratification sociale pour donner lieu à un groupe bigarré et amorphe de gens désespérés ; un endroit où se renforce la propre conviction de chacun de la lutte pour les libertés kidnappées de ce peuple, la lutte contre les injustices. On se retrouve à tout partager, à faire amitié avec des gens avec qui nous n’aurions jamais eu de relation dans d’autres circonstances. J'ai vécu des situations inattendues et écrasantes au nom de la justice. Et, justement, le plus fatidique et décevant de cette expérience sera sans aucun doute l’effroyable iniquité de notre système judiciaire, l'impassibilité des juges face à la souffrance qu’ils infligent à certaines personnes au nom de la justice, avec leurs décisions arbitraires et bien souvent sans fondement ou intéressées. De tous les problèmes et de toutes les lacunes que présente la Guinée équatoriale et qui nécessitent une solution urgente, mon opinion est que la mise en place d'un système judiciaire crédible et son indépendance totale du pouvoir établi représente la priorité entre toutes les priorités.

Dans mon cas particulier, on en est arrivé incroyablement à déformer une action médicale noble en instrumentalisant un système judiciaire soumis, avec le seul objectif de couler politiquement, économiquement et professionnellement une personne dérangeante. J'ai vu comment mon présumé accusateur officiel, qui n’a pas voulu assister au procès, était amené manu militari à la salle d’audience le dernier jour du procès pour témoigner contre moi, sans succès. J'ai vu comment on l’obligeait à reconnaitre qu’il m’avait dénoncé, alors que ce n'était pas vrai. J’ai vu, quand l'accusation de « mutilation d’organes » pour laquelle ils m'ont arrêté est devenue insoutenable, les mêmes juges ont inventé contre moi l’accusation d’« incompétence et de négligence professionnelle », qu’ils n’ont pas pu prouver non plus lors de l'audience. J'ai vu comment, au cours du procès, l’avocat général et le président du tribunal admettaient, face à l’évidence et bien malgré eux, que mes accusateurs, la famille de la défunte, devaient être cités à comparaître à leur tour pour dissimulation de preuves et profanation de cadavre, sans que rien ne soit fait par la suite à ce sujet. J'ai vu comment, lors du verdict, on m’attribuait une peine bien supérieure à celle déjà abusivement requise par l’avocat général. En prison, j'ai vu comment le gouvernement dictait les règles de ma détention et imposait mon total isolement contre la décision des juges. A cause de la justice de mon pays, j'ai fait quatre mois de prison pour des crimes que je n’ai jamais commis.

Une anecdote : le juge qui m'a envoyé en prison, lorsque nous nous sommes présentés devant lui, avait déjà signé toutes les ordonnances pour mon emprisonnement. Malgré la gravité des déclarations faites devant lui par un jeune témoin contre mes accusateurs, il n’en a prêté aucune attention. Lorsque je lui ai demandé s’il n’avait pas de remords en m'envoyant en prison injustement, il m’a répondu « ton cas est compliqué », et il s’en est allé aussi tranquille et content de lui. Maintenant, quand nous nous croisons dans la rue, il n'ose pas me regarder en face.

Une autre anecdote : Lors de ma dernière intervention pendant l'audience publique, face à la visible soumission à l'autorité politique de ceux qui étaient en train de me juger, j'ai fait une citation d'Alfredo P. Rubalcaba: « Je préfère vivre comme je pense, car celui qui ne vit pas comme il pense finit par penser comme il vit ». Lors du verdict, les juges ont écrit que «j’avais déclaré que je ne changerais pas d'idéologie ». Visiblement, c'est tout ce qu'ils ont pu retenir de cette phrase qui leur était adressée.

Bien que le problème ne soit pas du tout fini, j'ai confiance et j’espère que cela va s’arranger. J’ai connu injustement la prison dans mon pays à la suite d’une machination diabolique orchestrée depuis les plus hauts niveaux du pouvoir, et sous la grotesque accusation d’avoir mutilé, trois jours après son départ de ma clinique, les organes du corps d'une patiente décédée d’un arrêt cardiaque dans ma salle d’opération.

La première nuit, le 09/02/2012, je l’ai passée au poste de police de Bata. Cela ressemblait à une plaisanterie. Le lendemain, ils m’ont envoyé en prison. À mon arrivée, chose inhabituelle, ils avaient déjà préparé la cellule N° 3, ainsi que le lit que je devais occuper, et aussi le pseudo prisonnier qui se chargerait de me surveiller de près, de faire des rapports quotidiens et d'inventer de nouvelles conspirations dans lesquelles je serais impliqué. Délirant! Beaucoup de gens souffrent encore aujourd'hui des conséquences néfastes de la méchanceté de cet individu ignoble qui, en plus, mangeait de ce que ma famille m’apportait. Mais bon, c'est le genre de choses auxquelles on doit être préparé quand on fait partie de l’opposition, qu’on exprime ou manifeste un clair mécontentement contre le régime politique qui gouverne la Guinée Équatoriale.

Finalement, ils m’ont laissé sortir de la prison dans laquelle je n'aurais jamais dû entrer le 9 février dernier. Il s’est agit-là d’une flagrante et brutale manifestation de la persécution politique qui sévit encore dans mon pays, la Guinée Équatoriale. Emprisonnement pour des raisons politiques, préparé à l’avance et sans raison judiciaire valable; emprisonnement ingrat aussi, car lié aux efforts du médecin que je suis pour sauver, en vain, une patiente d'une maladie. Désireux de servir mon pays, je suis retourné avec cette volonté de lui être utile. Cependant, avec ce que j’ai subi, quel meilleur exemple pour expliquer la fuite des cerveaux que connaissent la Guinée Équatoriale en particulier et l'Afrique en général!

Je confirme: si quelqu'un avait le moindre doute sur la nature répressive du régime équato-guinéen, qu’il se détrompe. La Guinée Équatoriale est une dictature féroce qui harcèle les opposants politiques et les dissidents ; où la justice devient un instrument de répression ; où la population, généralement malheureuse, vit avec la peur au ventre, se voyant violer ses droits les plus élémentaires et incapable de les revendiquer ; une dictature où, même en prison, les gens continuent de se surveiller et de se dénoncer les uns les autres, en reproduisant les mêmes schémas élaborés par la propre dictature, et en laissant entrevoir l’insoupçonnée méchanceté qui habite en beaucoup d’eux.

C’est le devoir naturel de tout être humain de défendre ses libertés et droits fondamentaux. Nous les avons par nature et personne ne peut nous en priver. Lutter pour leur défense et demander à ce qu’ils soient respectés en Guinée Équatoriale est l’inaliénable vocation de la CPDS en général et la mienne en particulier.

La « grâce totale » pour laquelle je suis sorti des cachots du régime n'a rien de totale. Tous les éléments de la persécution avec lesquels le régime espère m’étouffer socialement, économiquement, professionnellement et politiquement sont maintenus: me priver de ma clinique et de la liberté d'exercer ma profession, sans compter les amendes injustifiées. C’est contre ces actions que doit se centrer notre lutte maintenant, indépendamment du résultat de l'appel que nous avons déposé auprès de la Cour suprême. Et cela justifie le maintien de la pression qui a conduit à ma libération*

De par ma position de médecin, opposant et défenseur des droits de l'homme en Guinée Équatoriale, je serai toujours exposé à ce type de persécutions. Je ne cesserai pas de prendre soin de mes patients. J’ai commencé à en souffrir depuis mon retour au pays en 1994 ; depuis ce moment-là, j'ai vécu beaucoup de situations difficiles et ai échappé à d'autres très dangereuses pour ma santé. Il semble évident que le régime ne cessera ni son harcèlement ni ses machinations indécentes. Mais cela ne doit pas être une raison pour ne pas continuer à réclamer et exiger les droits indiscutables et inaliénables de tout être humain. C’est pour cela que nous renforcerons aussi notre vigilance et affinerons les signaux d’alerte face aux menaces et à la répression.*

Les réflexions pendant les chaudes nuits en prison m’ont clairement confirmé le retour à un grave primitivisme mental de notre société : la foi en des rituels macabres, la croyance aveugle à des superstitions absurdes, l'ignorance, l'envie, la violence ... se sont érigés en références ou normes de comportement pour de nombreux dirigeants de notre société ; l’aliénation mentale de la population par des sectes de prédication douteuse, l'alcool bon marché et la toxicomanie, le manque d'intérêt pour une éducation de qualité ont déjà placé notre société dans une inquiétante situation d'obscurantisme pour la société en général et pour les générations futures en particulier. Il est urgent de mettre en place des mécanismes pour l’orientation rationnelle de nos valeurs morales, des principes qui font que nous soyons «des personnes » et la construction d'une société mentalement saine.

À propos de mon expérience dans la prison de Bata, je publierai sans doute quelques notes.

Encore une fois, MERCI à tous.

De Bata, Dr. Wenceslao Mansogo Alo

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